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Histoire de Mauriac

Un nouveau regard


 

Avant propos

 

   Pour retracer l’histoire de Mauriac, Sous-préfecture du Cantal, la matière ne manque pas mais les écrits fiables sont peu nombreux. Les chroniques anciennes constituent une base de données irremplaçable, mais ces chroniques sont pleines de développements hypothétiques, de détails peu vraisemblables  et de dates fantaisistes visiblement inventées par leur auteur. Elles mélangent trop souvent la légende et la réalité et se reprennent l’une l’autre.

    Heureusement il y a Emile Delalo et le Dr Louis de Ribier, ces merveilleux historiens locaux, auteurs de recherches approfondies sur documents qu’ils ont menées aussi bien à Aurillac et Clermont qu’aux Archives Nationales, avec passion et rigueur, y consacrant toute leur vie.  Plus de 100 ans, et même 150 ans pour le premier, après leurs écrits sur l’histoire de Mauriac, il n’y a rien à y changer. Juste quelques adaptations à la lumière de travaux historiques ou archéologiques récents ont été opérées ainsi que des compléments pour des sujets non traités par les auteurs et bien sûr les ajouts d’une histoire récente. Pour  la fin du 19ème et le 20ème Siècle,  il n’y avait encore aucun récit.

    Le présent essai est le premier texte retraçant l’histoire complète de Mauriac jusqu’à aujourd’hui, puisque Delalo termine son remarquable ouvrage en 1856  et ne traite ni la Révolution ni la Restauration et l’Empire. En fait, il s’arrête, volontairement sans doute, à l’ancien régime puis décrit Mauriac en 1856 lorsqu’il clos et signe son récit. Le texte ci-joint a été rédigé avec toute la rigueur possible, en reprenant comme trame l’essentiel de Delalo et de de Ribier et en le complétant,  pour parvenir à  un récit modeste sans prétention scientifique d’une vingtaine de pages destiné à être utilisé facilement pour découvrir l’histoire de la ville de Mauriac. Dépourvu d’érudition, Il comporte par contre  des novations, des scoops dans le langage actuel, concernant notamment les invasions barbares, le passage des Huns, la présence de Maures à Mauriac, la fête des Pagis, la chapelle St Benoît, le résultat de fouilles récentes conduites par l’Etat, le couvent des dominicaines ainsi qu’une première esquisse d’une histoire des deux derniers siècles, qui reste à écrire d’une manière plus complète surtout pour le 20è siècle traité sommairement faute de documents en ma possession. Au total, 2000 ans d’histoire.

   Le texte sur l’histoire de la ville de Mauriac est suivi en annexe de la liste des Maires de Mauriac depuis la Révolution ainsi que des commentaires sur l’histoire . Par ailleurs vous disposez sur le site de textes concernant les monuments et d’un  essai de l’auteur intitulé souvenirs d’un Sous-préfet de Mauriac, hommage d’un fonctionnaire à la ville qui l’a accueilli d’une manière si bienveillante en attendant de lui demander d’être son Maire et de l’élire pour trois mandats à cette  fonction.

  
                                                                       Alain Goldfeil

 

 

 

Sommaire
 

  • Un amphithéâtre
  • Les origines de Mauriac
  • Le monastère Saint Pierre
  • Le pèlerinage de Saint Mary
  • L’église du monastère
  • La basilique Notre-Dame des Miracles
  • La prévôté et les Consuls
  • La fondation du Collège des Jésuites
  • Le couvent des Dominicaines
  • L’embellissement de l’église Notre-Dame
  • L’Intendant Monthyon
  • La Révolution
  • Le 19ème Siècle
  • Le 20ème Siècle (éléments) 

     En complément:   Une liste des Maires de Mauriac depuis 1790 et un commentaire de différends points de l'histoire de la Ville.

 

 

 

 

Le récit: 2000 ans d'histoire

 

Un amphithéâtre

 
   Il est possible d’écrire une histoire aussi objective que possible  de Mauriac grâce à l’opiniâtreté et au talent d’Emile Delalo et de Louis de Ribier, deux érudits qui avaient en commun de beaucoup aimer Mauriac. Mauriac, cette si belle ville, bâtie à 700 mètres d’altitude au pied de la montagne Cantal, l’ancien volcan. Mauriac, qui a su préserver ses monuments malgré de nombreuses destructions, les restaurant ou les reconstruisant avec ténacité. La collectivité, guidée par une forte intuition, a su aussi résister à cette envie de marquer son temps qui a défiguré par des constructions nouvelles tant de centres-villes anciens.

   La cité pleine de vie, portée par son statut de capitale du Nord Cantal, s’est pourtant développée mais dans ses faubourgs, peuplant par étages successifs un amphithéâtre naturel formé par sept collines. L’amphithéâtre est bien visible de la Roussilhe ou du camping du Val St Jean. Il contribue avec le bleu de ses toits ardoisés à accroître encore le charme de la ville ancienne, charme toujours renouvelé.

    On ne se lasse jamais de  Mauriac, la place centrale, les rues anciennes, la Basilique, la mairie, le lycée et la Sous-préfecture, le monastère. Y revenir après un départ est toujours source d’émotion.

    Mauriac est bien plus que Mauriac. Son histoire est mouvementée, alternant les joies et les souffrances silencieuses. Toujours, la cité s’est ressaisie dans les périodes difficiles, avec ce mélange de sagesse, d’audace et d’inquiétude qui la caractérise, à la fois triste et joyeuse, au-delà du temps, loin des foules bruyantes et irresponsables des grandes villes. Mais peu de développement économique et culturel dans l’histoire de Mauriac.

 
 

Les origines de Mauriac

 

   Au néolithique, vers – 4000 avant J.C. en France naissent les premiers  hameaux, la première agriculture organisée, culture et pratique de l’élevage  qui fixe l’activité de la zone cantalienne. De cette période datent les pierres levées (menhirs en Bretagne), observées autour de Mauriac, à Albos et à la Roussilhe par exemple. Vers – 1000 très approximativement, âge du bronze, est créé prés de Mauriac un camp retranché dit éperon barré,   pour protéger les populations en cas de troubles, au confluent de l’Auze et du Rieu Mauri (ruisseau Saint Jean) dans un site abrupt, inaccessible sur trois côtés, dit du château-vieux ou de Monsélis, à Escoaillers. Le camp est fermé par  un fossé qui suit les restes d’un rempart de pierres et d’un mur de basalte vitrifié dont Delalo parle  longuement.

    Vers -300, -200, à l’âge  du fer, les villages actuels entourant le bourg  sont fondés. Certains sont très anciens comme Albos par exemple qui a conservé les traces visibles de tout un ensemble de tumulus.

    L’abondance de l’eau, des sources et  des torrents, est telle à Mauriac qu’elle y fixe très tôt  un bourg, en bordure d’une ancienne voie romaine empierrée située au Vigean, sur un  axe de circulation majeur, prioritaire alors en hiver, entre Clermont et Toulouse. Les Celtes, formant un peuple à la fois artiste, religieux et guerrier, sont aussi des agriculteurs et des artisans exceptionnels reconnus comme tels. Toute la moyenne montagne est alors peuplée d’exploitations. Partout des villae, de grandes propriétés agricoles avec beaucoup d’employés, à l’origine des villages, futures paroisses puis des communes.

    Lors de la conquête romaine la Gaule perd 10% de sa population dans les combats et autant, ce qu’on ne lit jamais,  est réduite en esclavage. C’est l’histoire récente qui nous l’a appris. Elle adopte, non sans une continuelle résistance, ce qu’on ne dit pas assez, la civilisation évoluée du vainqueur. Rome impose sa langue qui du latin évoluera dans deux directions : la langue d’oc au sud, parler courant du Cantal jusqu’à une époque récente, et la langue d’oïl au nord, future langue nationale officielle.

    Néanmoins, il  subsiste encore aujourd’hui beaucoup d’emprunts au gaulois et  la manière de vivre et de penser des Français reste jusqu’à nos jours gauloise. A remarquer que la France contrairement à la grande Bretagne et aux pays nordiques n’a pas adopté la langue des conquérants germains. Elle a conservé le latin, mais  le gaulois était encore parlé dans les campagnes au 12ème ou 13ème S.

    L’Occitan enseigné dans le Cantal est une langue latine et pas une langue celte comme certains le croient.

    Mauriac est au 1er Siècle un Vicus, un gros bourg commerçant et artisanal, dont Delalo retrouvera de nombreux vestiges au 19e  S. sur un périmètre large, mais il ne retrouvera pas le  temple à Mercure des chroniques, dont l’existence est pourtant probable. Le relief, difficile, en forte pente puisqu’il y a plus de 350 mètres de dénivelé entre le haut et le bas de la commune, est apparu alors non pas comme une gêne mais comme un gage de sécurité. Les Celtes bâtissaient pour cette raison  sur les hauteurs.

    Après 252 et surtout en 276 après J.C., terribles invasions barbares vers la Gaule prospère. Les Francs et les Alamans franchissent le Rhin de manière massive. Ils tuent, pillent et brûlent toutes les villes.  Tout est détruit. Mauriac a du l’être à cette occasion. Les villes disparaissent ou survivent en réduisant leur territoire et en s’entourant de remparts.

    Rome ne contrôle plus rien. L’anarchie et la révolte s’installent en Gaule au 3ème Siècle. Le Cantal devient comme la Corrèze  « pays à  bagaude », terme désignant des bandes armées de paysans pauvres révoltés détentrices du pouvoir réel, levant des troupes et des impôts en Gaule, dans les contrées écartées. Ces bagaudes vont imprégner la mentalité française.

    L'historien Audigier affirme par ailleurs que Mauriac recevait fréquemment la visite de Gratien, Empereur Romain amateur de chasse en forêt, qui aurait  même signé  de Mauriac un Rescrit au Préfet des Gaules, en 377 après JC.  Etonnante au premier abord, cette précision trouve toutefois du crédit  si on apprend dans les ouvrages d'histoire que Gratien avait eu pour précepteur Ausonne de Bordeaux et qu'il s'était proclamé Empereur des Gaules, Grande Bretagne et Espagne incluses, laissant à un autre le reste du monde romain, en préférant le contact des barbares. Son père, Valentinien 1er, régnait lui-même sur l'Empire en siégeant à Lutèce.

   A partir de 420, nouvelles invasions barbares presque pacifiques, peu violentes cette fois, de peuples entiers que Rome laisse passer en vertu d’accords contractés pour défendre l’empire, d’autant qu’ils sont poussés par les Huns devant lesquels ils s’enfuient épouvantés par leur réputation sanguinaire.

    Les chefs barbares des peuples dits fédérés sont souvent généraux des armées romaines comme le père de Clovis et admirent l’empire. Ils viennent pour s’installer comme colons dans une Gaule romaine très prospère. Les Wisigoths, de religion chrétienne aryenne (hérésie), s’installent en Aquitaine pour plus de 50 ans avec l’autorisation de Rome. Mais Clovis les oblige à abandonner leur royaume de Toulouse et rejoindre l’Espagne après la bataille de Vouillé en 507.

    Pour confirmer cette victoire Thierry fils aîné de Clovis occupe aussitôt l’Auvergne. Mais celle-ci se révolte peu après contre les Francs et Thierry doit revenir en Auvergne, comme Roi cette fois, en 524 pour la reconquérir car la province regrette les Wisigoths plus romanisés. Il mène de durs combats et prend Chastel-Marlhac prés de Mauriac.

    Les Francs s’imposent mais la population reste de civilisation gauloise et relève physiquement, essentiellement de l’ancien peuplement Ibère. Des hommes bruns, travailleurs et tenaces de la race des montagnes, très différents des grands blonds fougueux du nord qu’étaient les celtes dits gaulois en France.

    Cette population mauriacoise n’aura pas à redouter les Huns, contrairement à ce qu’on lit parfois dans le Cantal, car si la bataille des champs catalauniques s’est bien déroulée à Campus Mauriacius, elle a concerné un lieu situé dans la plaine de Morey à Dierrey St Julien,  entre Troyes et Chalons en Champagne, sur le territoire de la tribu gauloise des Catalauni, d’où le nom de la bataille.

    Il est tout à fait exclu qu’ Attila venant de Paris, qu’il a évité, et fuyant Orléans pour regagner le Rhin à l’annonce qu’une puissante armée s’avance vers lui, ait fui devant l’armée romaine comportant des barbares,  en faisant un détour par Mauriac. Aucun historien n’évoque cette possibilité. Attila était un prédateur prudent faisant régner la terreur pour obtenir des rançons. Jamais il ne s’éloignait trop de l’axe Rhin Danube et revenait sans cesse à sa base danubienne, la future Hongrie (Hungaria).

 

Le monastère Saint Pierre de Mauriac

 

    Les Francs sont des païens convertis par l’Evêque de Reims à la religion chrétienne romaine, alors que les autres peuples barbares sont déjà chrétiens mais tous ariens. Ce point va faire leur fortune.

    Ainsi soutenus par le Pape et le clergé, ils fondent en territoire  wisigoth, à Mauriac sur le site d’un bourg gallo-romain, à l’endroit d’un temple à Mercure, un monastère royal rattaché à la puissante abbaye St Pierre le Vif de Sens, ville royale. Ils y implantent le christianisme romain.

    La première construction en bois effectuée sur les terres d’un certain Basolus, riche propriétaire local gallo-romain ou wisigoth, daterait du  6e  Siècle.

    La légende très belle évoque un voyage d’une princesse Théodechilde dans la région, témoin de miracles à l’origine de la chapelle à la Vierge et du monastère. Les Francs donnent au Vicus gallo-romain un statut de capitale, confirmant l’ancien pays gaulois, le pagus, à l’origine de l’arrondissement. Très habiles politiques, ils laissent en place les structures sociales et les notables gallo-romains.

   Ce Vicus, embryon de ville, bat monnaie d’or, un triens ou tiers de sol, dont il reste trois exemplaires datés du milieu du 7e S. conservés à la B.N. avec l’inscription Mauriaco Vic et au verso AR (Arvernia).

    Mauriac prospère avait donc son nom actuel et son importance dès 650. Point très important. En outre cette monnaie d’or rend probable l’existence d’un monastère avant le 9ème Siècle, au moins au 7ème Siècle, contrairement à ce qu’on lit souvent.

    Le Vicus n’est pas touché par les invasions sarrasines de 720-730, puisqu’on sait qu’après Toulouse, les Sarrasins visant la richissime abbaye de St Martin de Tours, se sont dirigés vers Bordeaux puis Poitiers. Mauriac ne leur doit donc pas son nom, qui reprend, ce qui ne peut être un hasard, le nom du ruisseau, le rieu Mauri.

    Noter aussi que le nom de Mauriac, parfois écrit Moriac,  comporte la racine celte mori provenant de mor en indo-européen qui signifie l’eau. Pas insignifiant dans un site où l’eau coulait ou stagnait en abondance.

    A  l’époque celte, nombreuses sont les villes ou les bourgs qui portent le nom de la rivière qui les a fait naître. L’exemple le plus célèbre est Avaricum la grande ville gauloise, Bourges actuellement, la cité des Bituriges, établie au bord de l’ Avara, rivière dont elle a pris le nom. Il est donc fort probable que Mauriac a été nommée très tôt la ville du rieu Mauri, le domaine de l’eau. Autre exemple en Autriche : Salzbourg la patrie de Mozart tient son nom de sa naissance au bord de la rivière Salzach et de salz, le sel. Il y a des centaines de cas en France, comme Corrèze sur la Corrèze, Bièvres sur la Bièvre, Touques sur la Touque, Dives  sur la Dive

    Faire descendre Mauriac de la « villa » (domaine gallo-romain), d’un hypothétique propriétaire nommé Maurus est une pure invention linguistique, opérée en appliquant la pratique effective du Haut Moyen Age. Il y a des exceptions comme Souillac, venant de souille, une mare d’une eau très sale où se réunissaient les sangliers. Aucune trace de Maurus et pour cause, Delalo a montré que Mauriac était déjà un bourg et ne pouvait donc pas c’est évident être  une villa, une grande exploitation agricole gallo-romaine d‘un particulier, au 1er Siècle. Du mot villa découlera village. Mauriac était plus que le rassemblement de bâtiments d’un domaine agricole.

    Le 18 Mai 824 une décision de Louis le Débonnaire confirme à Hérémias archevêque de Sens les privilèges de plusieurs monastères dont celui qu’Hérémias a fait bâtir « au delà de la Loire », c’est-à-dire à Mauriac précisent les archives de l’abbaye de Sens. Le monastère en bois est donc reconstruit ou restauré au 9ème Siècle selon Delalo et Louis de Ribier les deux historiens de Mauriac. Il le sera à nouveau en bien plus grand au 12e S. C’est ce dernier que nous voyons aujourd’hui.

    Il comporte un cloître, autour d’un jardin intérieur avec un puit, des salles d’accueil des visiteurs, un réfectoire au sud, une salle dite capitulaire pour les réunions du Chapitre, le conseil de direction, un parloir, un chauffoir pour l’étude, des cuisines,  un cellier pour entreposer les denrées, une infirmerie, des chambres en étage.

    Un hôpital sera ajouté en 1470 avec un médecin et un chirurgien, d’autres praticiens exerçant à leur domicile. Au sud des bâtiments, s’étendaient  le jardin potager, des terres de culture et un étang empoissonné en contrebas dont on a retrouvé la digue lors de la réalisation du plan d’eau du Val St Jean, en 1990.

    A partir de la reconstruction gothique de 1469 conduite par le doyen Pierre de Balsac, qui concerne notamment le cloître et qui est inévitable après les destructions anglaises de 1357, l’ordre ajoutera au monastère un grand bâtiment abritant le doyenné avec ses prisons, au-delà d’une cour, dans l’îlot du tribunal actuel. On appelait le doyenné la maison abbatiale, dite aussi décanale. Les prisons occupaient la moitié du doyenné. Elles étaient situées sous la demeure du Doyen et par convention servaient de prison royale contre un loyer. Tout monastère avait alors sa prison.

    Le Doyen possédait le pouvoir de Justice. Il était nommé par bulle du Pape et non par l’Abbé de Sens et était assisté d’un prieur, un sous prieur, un cellérier, un trésorier, un chapelain de St Benoît, un chambrier, un infirmier.

    Le monastère est toujours visible sur trois de ses côtés, le plus beau étant rue du collège avec l’entrée officielle. Il a été fermé puis vendu aux enchères comme bien national à la Révolution et morcelé en appartements.

    Il tombe ensuite dans un oubli total, à tel point qu’un permis de construire est délivré le 29 septembre 1982 par la Direction de l’Equipement, sans aucune opposition des services culturels de l’Etat, pour construire au dessus de la salle capitulaire et du local de fouilles une boulangerie, un garage et quatre niveaux de logements en étages.

    La municipalité a racheté le 13 Juillet 1984 plusieurs locaux dont la belle  salle capitulaire romane avec ses colonnes antiques de marbre réemployées et ses deux élégantes baies géminées marquant l’entrée. Avec l’aide des bénévoles du Comité d’ Histoire de Mauriac que j’ai créé le 14 Mai 1983, la municipalité a ensuite dégagé grâce à Mme Missonnier cette magnifique salle du Chapitre, cloisonnée en boxes de rangement, puis l’a restaurée grâce à l’Etat en 1997, ne cessant pas de procéder à des acquisitions pour reconstituer à terme tout l’édifice. La redécouverte du monument a été une grande source de joie pour  la population.

    A sa haute époque le monastère, centre important sur le plan intellectuel,  a abrité jusqu’à 30 moines. Très riche, il  reçoit des redevances d’une zone qui englobe la Xaintrie et va jusqu'à Orcet prés de Clermont. Le Doyen a rang d’évêque, porte la crosse et la croix pectorale et exerce les droits seigneuriaux, rendant la justice. Il ne relève que de l’Abbé de Sens et comme seigneur du Roi.

    Aussi est il souvent en conflit violent parfois avec l’ Evêque de Clermont, la noblesse locale et l’Abbaye bénédictine de Sens à qui il doit certes allégeance mais qui est loin. La chronique de l’Abbaye de Sens compte à cet égard comment l’Abbé du faire appel au Roi et au Légat du Pape pour rétablir son autorité sur le prieuré auvergnat qui avait obtenu le soutien de  l’Evêque de Clermont, des seigneurs locaux et de la population.

    Pour l’exploitation de ses terres, le prieuré emploie une nombreuse main d’œuvre et selon des sources historiques récentes, il recrute comme les autres monastères des Maures en Espagne, spécialement après la reconquête chrétienne. Ces Maures  forment un groupe important à Mauriac. Ainsi est enfin expliquée  la présence d’une tête de Maure, comme en Corse, sur les armoiries primitives de la Ville avant qu’elles ne représentent tardivement un Maure en pied.

   Au 16è S.  avec la Renaissance qui redécouvre l’humanisme grec et les auteurs grecs et latins, s’amorce une  grave crise religieuse dans toute l’Europe qui entraîne en particulier un net déclin du monastère de Mauriac, avec  l’abandon de la règle bénédictine comme des locaux. En 1560, le Tiers Etat de la Prévôté de Mauriac, manifeste son inquiétude devant ce laisser aller dommageable à la cité.

    Une remise en ordre intervient avec l’intervention de la rigoureuse réforme bénédictine de Saint Maur en 1628 et l’affectation de nouveaux religieux. La renaissance du monastère est combattue en vain par la noblesse locale qui avait réussi à capter ses revenus.

    Le monastère renaît au 17eme S., il est reconstruit et agrandi avec un nouveau bâtiment surélevé d’un étage. Mais le siècle suivant, siècle d’hostilité croissante à l’égard de l’église se concluant par la révolution, lui sera fatal. Il aura profondément marqué par sa forte présence l’histoire de Mauriac pendant plus de 1000 ans. Quel dommage que cet édifice qui couvrait prés d’un demi hectare dans la ville soit demeuré morcelé et ignoré après la Révolution.

    Il faudra attendre 1983-1984 pour assister à sa redécouverte et à ce qu’il soit enfin protégé et restauré en partie en attendant une restitution à terme après acquisition des éléments appartenant à des particuliers.

 

Le pèlerinage de Saint Mary

 

    Au 11e S. s’amorce le développement de la ville à partir des foires. La translation en 1050 au monastère de Mauriac des restes de St Mary, évangélisateur de l’Auvergne, est à l’origine d’un très célèbre pèlerinage, qui attire sur le Puy du même nom des foules considérables chaque année le 8 Juin, date d’une grande foire médiévale qui existe toujours. Pour Delalo, une fête celte d’ouverture de l’été et d’explosion de la végétation, de l’herbe en particulier, a précédé la fête religieuse. Une chapelle est bâtie et chaque année les reliques du Saint y sont transférées pendant les trois mois d’été.

    Dernier dimanche d’août, célébration, toujours autour de la chapelle du Puy St Mary, sur la butte volcanique, de la fête des Pagis, qui rassemble tous les paysans dont c’est la fête. Des courses aux rubans et des courses à cheval sont organisées. Comme les Saturnales romaines, la fête a son roi. La chapelle sera reconstruite au 15ème S. puis vendue à un particulier  à la Révolution, transformée en cabaret d’été et rebâtie par le père Serres, grande figure mauriacoise, bâtisseur de monastères, fin du 19ème.

    Mauriac, ville de pèlerinages renommés, est promue au 10ème ou 11ème S. siège d’un archiprêtré regroupant les 52 paroisses du pays, dont le titulaire dispose de la cure de la paroisse de saint Thyrse d’Anglards de Salers, selon la règle habituelle des archiprêtrés (Delalo), d’autant plus que Mauriac n’a pas de curé jusqu’au 16e S. en raison de la présence dominante du monastère. Le Cellérier du Monastère fait alors fonction de curé et il ne peut être archiprêtre. Après le 16è, Mauriac à la demande de la population et de l’Evêque de Clermont, a son propre curé. Il prend alors la fonction d’archiprêtre du pays de Mauriac.

 

L’église du monastère

 

    Le 12e  S. voit l’apogée de Mauriac, avec la reconstruction romane du monastère bénédictin, véritable centre religieux mais aussi culturel et économique, dédié à Saint Pierre, l’édification d’une chapelle autonome, la chapelle St Benoît et de deux grandes églises romanes d’une dimension exceptionnelle pour la Haute Auvergne. Seule l’église abbatiale St Géraud d’Aurillac était plus grande, mais elle a disparu. Guy de Bourgogne, Pape sous le nom de Calixte II, visite en 1119 ce grand chantier d’une dimension exceptionnelle : un monastère et trois églises.

    L’église du monastère Saint Pierre, au sud de la place actuelle, est la plus longue et la plus élevée avec sa flèche de 54 mètres, la plus haute d’Auvergne en son temps. En comparaison, la flèche de Notre Dame des Miracles n’atteint que 35 mètres.

   Mérimée, l’écrivain, qui a inspecté le monument à titre d’ Inspecteur Général des Monuments Historiques, précise qu’il ressemble à la cathédrale de Tulle, ancienne église abbatiale elle-même, dont il a la même tour porche, appelée le clocher carré, située en haut de la rue du Collège au fond de la place. Une crypte existait sous le chœur très allongé. Il ne reste rien hélas du monument, même pas une gravure, puisqu’il a été endommagé puis rasé pour dégager la place et construire avec ses pierres la future Mairie.

    Sa petite sœur, la chapelle Saint Benoît, distincte de l’église du monastère et non accolée, contrairement à ce qui a pu être écrit, subsiste par ses vestiges. Elle a peut être été la première église du monastère et reconstruite au 12ème S. à titre de chapelle particulière du chapitre. Son chœur a été intégré dans le bâtiment privé voisin abritant un café.

 

La Basilique N-D des Miracles

 

     Contrairement à l’église des Bénédictins, l’église paroissiale Notre Dame des Miracles, située à quelques dizaines de mètres, a traversé le temps, malgré les tentatives de destruction. Elle a été bâtie à l’emplacement d’une chapelle vouée à Notre Dame, que Louis le Gros qualifie en 1110 de « chapelle des Rois Francs », ce qui confirme son statut particulier et donne du crédit à l’origine franque de la création de la chapelle et du monastère.

    Sa construction commence alors et le chevet est entrepris en premier puis la nef et enfin à la fin du 12ème S. voire au 13ème, le portail. Le changement de style est visible après la première travée de la nef et à l’extérieur. Classée monument historique, l’église est majestueuse, d’une taille exceptionnelle dans le Cantal pour une église romane et originale avec son grand portail languedocien unique en Haute Auvergne qui représente l’ascension du Christ dans une mandorle et les 12 apôtres autour de la vierge, ainsi que le zodiaque complet. Les apôtres et la Vierge ont subi une décapitation à la Révolution. Le christ entouré d’anges est d’une grande dimension et d’une facture byzantine très pure. Le sanglier, emblème des Gaulois, est représenté.

    L’édifice de style romano byzantin, se signale par la dimension et la couleur des pierres de taille employées pour sa construction. L’intérieur silencieux et peu éclairé à dessein, uniquement par des fenêtres très étroites et hautes, incite au recueillement et fait une forte impression.  Il se caractérise par une grande et haute nef centrale et un transept avec des chapiteaux sculptés.

    Dans le chœur, un  grand autel en marbre surmonté d’un magnifique retable baroque à colonnes antiques et dorures du 18ème, des autels latéraux avec retables à colonnes torsadée et sculptures dorées très travaillées et des tableaux anciens de prix ainsi qu’une chaire baroque et une cuve baptismale romane du 12ème de 3m70 de circonférence, très rare par ses sculptures et unique en Haute Auvergne.

    Deux tours ont été ajoutées en mauvaises pierres au 17ème S. L’entrée est solennelle, précédée de deux lions sculptés dont l’un est authentique. Un vaste et profond emmarchement d’époque à sept degrés, mène à des portes ouvragées Renaissance portant la date de 1582.

    Le chevet comporte à l’extérieur des modillons grivois sculptés avec une grande liberté, d’inspiration préchrétienne, montrant des scènes originales et des animaux fantastiques représentant  le péché et l’enfer. Le clocher octogonal détruit par la révolution a été reconstruit en 1845. La sacristie est un ajout du 19ème Siècle.

     La vie paroissiale était  relevée par la présence dans l’église dès le 12ème S. d’une communauté de prêtres filleuls, chantant aux offices, constitués en collège et exerçant des fonctions d’enseignement. Jusqu’à 30 prêtres filleuls assistaient aux manifestations paroissiales et bien entendu à la grande fête de la Vierge le 9 Mai avec procession, ainsi qu’à la fête de la St Mary, à la chapelle, le 9 Juin.

 

La prévôté et les Consuls

 

    La prospérité des  12e et 13e  S. renforce le monastère. Elle  est suivie des malheurs de la grande peste et de la terrible et dévastatrice guerre de cent ans avec l’Angleterre et ses alliés, sur le sol de la France actuelle. Partout les terres sont abandonnées, les paysans étant morts ou en fuite et règne la misère. En 1357 les bandes anglaises pillent Mauriac et détruisent les édifices.

   L’institution d’une prévôté, circonscription de police, justice, en 1319, sur un territoire calqué de l’archiprêtré, confère à nouveau à la cité un rôle de capitale du haut pays, l’actuel arrondissement. Les assemblées de prévôté se tiennent à Mauriac instituée chef de prévôté.

    En 1554, des Consuls élus, au nombre de trois  dont un 1er Consul et un Syndic, administrent la ville, ainsi libérée de l’autorité du Doyen, seigneur médiéval qui avait rang d’évêque. Cette décision   d’Henri II est bénéfique car le monastère est en déconfiture et en ruines. Il ne joue plus son rôle. Les Consuls vont contribuer à le relever et c’est eux qui mettront en œuvre l’exécution du legs de Guillaume Duprat permettant de construire un Collège.  Des échevins succèdent aux Consuls.

   Les guerres de religion, autre catastrophe, déchirent le pays de Mauriac au 16e S. Elles sont violentes et destructrices à Mauriac même. En 1574, les protestants incendient les maisons, pillent et tuent, abattent les clochers, défoncent les toitures et saccagent l’intérieur des églises et du monastère avec une hargne propre à ce temps de guerre civile. La noblesse locale, seigneur de Miremont en tête, est souvent protestante et l’enjeu national est autant la prise du pouvoir civil et la contestation de l’autorité royale, que la religion. Les guerres de religion sont aussi des guerres politiques.

   A la fin du moyen âge, la cité est confinée dans son enceinte avec ses quatre portes de St Mary, St Georges, St Thomas et St Jean. Elle ne dépasse pas les rues  Marmontel, Nôtre Dame, Chappe d’Auteroche, de la Prison (Delalo), Neuve (rue du Méridien actuelle), du Collège et du Couvent (G. Duprat). Le monastère occupe un grand espace, le cimetière est sur la place de l’église et se poursuit au-delà de l’hôtel de ville actuel. Des cours d’eau et un torrent descendent des hauteurs en direction du rieu Mauri, ancien nom du ruisseau St Jean jusqu’à 1885. L’eau est partout hors de l’enceinte sur ce rebord de planèze. Les villages anciens comme Trébiac, St Thomas, Albos sont très peuplés.

 

La fondation du Collège des jésuites

 

   Après le choc de la Réforme en Europe, la papauté contre attaque avec éclat et vigueur. C’est la Contre Réforme. Guillaume Duprat Evêque de Clermont, fils d’un chancelier de France, acquis à la cause des Jésuites après une mission à Rome, contribue par un testament de 1560  à fonder un Collège à Mauriac situé dans son diocèse. Son testament fonde également le Collège de Billom et donne des moyens aux jésuites pour construire le Collège de Clermont à Paris, futur lycée Louis le Grand afin de remplacer un petit Collège créé en 1540 à Paris. Le projet de Collège ( au sens large de l'époque ) à Mauriac est mis en œuvre par un contrat signé par les Consuls en 1563.

    Cet établissement, servi en 1750 par douze jésuites, va connaître un grand rayonnement et recevoir jusqu’à 350 élèves venus parfois de loin pour suivre un enseignement renommé, jusqu’en classe de rhétorique puis de philosophie. Bâti par les Consuls grâce au legs de Mgr Duprat et à de très nombreuses donations, sur des terrains fournis à la Commune par le monastère, des particuliers et sur partie des fossés de la Ville, il va former une élite en sélectionnant les élèves les plus doués dans les milieux modestes. La gratuité est le principe des jésuites de même que le logement des élèves chez l’habitant sans internat.

    L’écrivain Jean-François Marmontel, Secrétaire Perpétuel de l’Académie Française, Directeur du Mercure de France, philosophe des lumières, et l’astronome membre de l’Académie des Sciences Jean Chappe d’Auteroche y ont fait leurs études. Tous deux sont très célèbres en leur temps. Marmontel le Bortois, fils d’un tailleur, est originaire d’Auzers dans le Haut Cantal.

    Ses mémoires sont passionnantes et rééditées régulièrement. Chappe d’Auteroche né à Mauriac, est l’auteur d’un ouvrage connu qui dénonce le servage en Russie et provoquera la colère de Catherine II sous forme d’une réplique cinglante. Il est l’oncle des frères Chappe, les inventeurs du télégraphe, eux aussi originaires de Mauriac mais nés dans le Maine. Entouré d’une forte volonté locale, le Collège a été doté de propriétés procurant un revenu dont le domaine de St Jean, actuellement bien de la Commune.

    Le succès est tel, que les Consuls décident de construire sur la base de la construction du 17ème  un nouvel édifice plus important et digne de Mauriac. Les travaux commencent en 1764 mais sont aussitôt interrompus car les Jésuites sont expulsés de France et leurs Collèges fermés. L’établissement de Mauriac subit ce sort. Non sans difficulté en raison d’une opposition absolue d’Aurillac, les Consuls obtiennent néanmoins de Louis XV la confirmation du Collège.

    Le chantier est repris et mené à bien, l’établissement prenant le statut de Collège royal. Le nouveau bâtiment est vaste, avec de belles arcades, une chapelle du plus pur style baroque dont il reste le chœur et surtout un superbe portail de facture classique en forme d’arc de triomphe romain. La Révolution va le fermer et y caserner la gendarmerie, la bibliothèque est dispersée. Fort heureusement,  il renaîtra rapidement, dirigé par des ecclésiastiques puis par des laïcs, avec une centaine d’élèves.

    Son existence sera continuellement remise en cause notamment après la fondation en 1821 du petit séminaire de Pleaux qui dispose de moyens plus importants et accueille davantage d’élèves en raison de son statut et de son internat. La concurrence s’accroît encore lorsque l’école des Frères ouvre un enseignement primaire supérieur. Les effectifs du lycée s’effondrent. Sans l’acharnement de la municipalité à le défendre, il n’existerait plus depuis longtemps.

 

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Le Couvent des Dominicaines

 

   Parallèlement à la création du Collège des jésuites pour les garçons, est implanté en 1656 par transfert, un couvent des Dominicaines voué localement à Notre Dame, dont l’objet est l’éducation des jeunes filles. Des menettes, laïques rattachées au couvent sans être des religieuses, assurent un service aux pauvres et aux malades en se rendant à leur domicile Le couvent est construit en bas du monastère, juste à côté du futur hôtel d’Orcet, en 1678.

    Il n’a pas l’importance ni la qualité du prieuré bénédictin mais contrairement à celui-ci, l’institution est toujours en place sous le nom d’école Notre Dame. Il offre une jolie vue sur la campagne mauriacoise. Le bâtiment a été partiellement reconstruit après l’incendie de 1902, qui a atteint notamment la chapelle. En 1847, la communauté des religieuses de Notre Dame remplace les Dominicaines.

    Peu de temps avant, en 1835, pour faire concurrence aux petites classes du lycée public qui a succédé au collège des Jésuites, les Frères des Ecoles Chrétiennes avaient ouvert un établissement d’enseignement primaire pour garçons qui entrera dans l’histoire de Mauriac sous le nom d’école des frères. Un cours ménager est créé en 1926 et un cours d’enseignement secondaire en 1944, embryon du futur collège de la rue du Balat. En 1966, l’établissement perd son caractère confessionnel et admet la mixité. Subsistent actuellement en 2006 l’école et le collège dits de Nôtre Dame.

 

L’apogée du 18e Siècle

 

   Le 18ème Siècle est pour Mauriac une nouvelle apogée. S’ouvre  une période prospère et dynamique qui voit la cité en plein essor   confirmée comme chef lieu d’une Election, circonscription ancienne chargée notamment de fixer l’impôt. Elle obtient la nomination en 1707 d’un Subdélégué de l’Intendant d’Auvergne, ancêtre du Sous-préfet. Ce subdélégué est un représentant personnel de l’Intendant de Police, Justice et Finances siégeant à Riom le Beau, en réalité à Clermont. Il a des compétences étendues. Cinq subdélégués vont se succéder jusqu’à la suppression de l’institution en 1790.

   De grands chantiers sont entrepris qui supposent des moyens financiers considérables. La liste est impressionnante pour une petite ville de 2500 habitants puisqu’elle comporte la Restauration du Monastère, la reconstruction d’un nouveau Collège des jésuites refait en plus grand en 1765 avec portail classique et chapelle  baroque et la construction de l’hôtel d’Orcet ainsi que l’embellissement de la basilique.

 

L’hôtel d’Orcet

 

   Au milieu du 18ème S.  Gabriel-Barthélémy de Vigier d’Orcet, Receveur des Tailles des Elections de Mauriac et St Flour, fils et petit fils de Subdélégués à Mauriac de l’Intendant d’Auvergne, entreprend en bas de la rue du Collège, la  construction dans une architecture harmonieuse d’une luxueuse résidence à partir d’une vieille tour du 16ème restaurée au 17ème Siècle.

    Son hôtel particulier, appelé de nos jours  l’Hôtel d’Orcet,  présente  dans un grand salon de réception  deux magnifiques tapisseries d’Aubusson de style galant, sur des cartons d’Oudry, aux couleurs éclatantes, représentant le jeu de la main chaude et celui du cheval fondu. La salle à manger est garnie d’anciennes boiseries en chêne sculpté. Dans la grande salle d’entrée, transformée en 1829 en bureaux, figurait une fontaine et une  cheminée en marbre rouge rare des carrières de la Forestie. Derrière l’hôtel un petit jardin donnant sur des prés et, devant, une cour fermée par des murs et un haut portail récemment remplacé par une grille en fer forgé.

    M. d’Orcet reçoit fréquemment la bonne société. A ses côtés, une femme remarquable qu’il a épousé en 1760, Jeanne Marie Delsol de Volpilhac, intelligente, belle, cultivée, acquise aux idées nouvelles, qui tient un salon littéraire et philosophique regroupant les esprits distingués  du pays.  Grâce à cette égérie Mauriac a son foyer intellectuel et participe avec l’ardeur de l’époque au mouvement des lumières qui anticipe la Révolution et la rend inévitable car elle était en fait déjà accomplie dans les esprits écrira Tocqueville.

    En 1785, la belle Mme d’Orcet est veuve. Riche et seule propriétaire de l’hôtel, elle donne libre cours à son charmant naturel et à sa fantaisie, en faisant avec une conviction sincère le bien autour d’elle. Tout à son amour de la nature, très répandu à l’époque, elle cultive plusieurs centaines de plantes en serre et vit entourée d’oiseaux en cages, au milieu d’animaux en liberté, dont une biche.

    Ses amitiés nombreuses dans tous les milieux lui permettent de traverser sans encombre la période révolutionnaire. Sous le Directoire, elle fait la connaissance d’un jeune officier du service de remonte qui vient régulièrement dans le Cantal pour y acheter des chevaux à des fins militaires, Pierre Grasset. Le Cantal a toujours été renommé pour l’élevage des chevaux. Le cheval préféré de Napoléon n’était-il pas natif du Vigean !

 

L’embellissement de l’église Notre Dame   .

 

   Dans l’église Nôtre Dame est installée une ornementation baroque de prestige comprenant l’autel et le retable central si spectaculaire avec ses marbres et ses dorures, les retables latéraux aux colonnes torsadées pour les autels de St Mary et du Rosaire, une chaire gracieuse très ouvragée, surmontée d’un ange à la trompette et des stalles, un lutrin. Au dessus de l’autel trône la vierge noire restaurée après la Révolution, au visage sévère et impénétrable. De belles maisons sont construites en alignement. Mauriac est donc une ville très religieuse qui comporte alors neuf clochers : deux églises et les chapelles St Benoît, St Thomas, St Luc, du Puy Mary, du Collège, du Couvent, ainsi que la chapelle des Pénitents Blancs de la rue  du même nom, rue Marmontel aujourd’hui.

 

L’Intendant Montyon

 

   Sur le plan de l’urbanisme, l’intendant d’Auvergne Jean-Baptiste Monthyon ou plutôt Montyon, homme des lumières  épris de progrès, économiste physiocrate comme Turgot, comble les fossés et trace un grand boulevard qui portera son nom, avec deux fontaines monumentales, l’une aujourd’hui disparue en haut du boulevard, place St Georges et l’autre en bas. Il fait réaliser la route du Limousin qui traverse l’enclos du Collège et inaugure en Auvergne une politique de philanthropie d’aide aux pauvres, aux malades et aux chômeurs,  qu’il poursuivra à Paris où une rue porte son nom. Le Bd sera prolongé pour rejoindre la route de Pleaux en 1805. La Ville lui manifestera sa reconnaissance en apposant, sur la fontaine surmontée d’un obélisque, une plaque gravée comportant son éloge en vers composés par Marmontel.

 

La Révolution

 

   La Révolution est mouvementée à Mauriac. Les clochers des deux grandes églises sont abattus, le monastère est fermé et vendus aux enchères par lots, ainsi que les chapelles Saint Mary, St Luc et Saint Thomas. L’église paroissiale est transformée en temple de la Raison, lieu de fêtes civiques. Les prêtres  réfractaires sont arrêtés quand ils n’ont pas gagné l’Espagne. L’un d’eux, l’abbé François  Filliol en fuite mais revenu et se cachant dans sa famille est même guillotiné derrière l’église le 14 Mai 1793 pour avoir refusé de prêter serment à la Révolution,  malgré la réticence du Chef du District local, l’Agent National du District Dominique Mirande. Celui-ci, fils d’un chirurgien, ancien bénédictin, révolutionnaire convaincu et zélé, chargé pourtant de mettre en œuvre les instructions de Paris, tente de s’opposer sans succès à la décision du Comité Révolutionnaire d’Aurillac qui applique les derniers ordres de la Convention concernant les prêtres réfractaires. Une croix a été apposée contre la sacristie à l’arrière de l’église, en souvenir du prêtre, et une statue lui a été élevée au Puy Bouval prés de son lieu de naissance à Barriac les Bosquets.

    Par ailleurs, les nobles sont systématiquement poursuivis, spoliés et emprisonnés et Mirande veille à une application rigoureuse des décisions d’autant qu’il est membre du Comité Révolutionnaire d’Aurillac très jacobin. Mauriac comme Paris connaît un moment d’égarement fréquent dans les révolutions. Tout un climat de l’époque.

    Dans cette période obscure de la Révolution, Mauriac a son député montagnard à la Convention, Jean-Baptiste Lacoste, avocat né à Mauriac, vrai tempérament révolutionnaire ayant voté la mort de Louis XVI, qui sera Préfet sous l’Empire et finira ses jours à Mauriac déconsidéré. A ses côtés, Dominique Mirande et son frère Nicolas, avocat député à la Convention, membre du Conseil des Cinq Cents.

    Autres figures de la Révolution mais à l’opposé chefs du clan modéré dit des trente et un, Paulin Duclaux, Jean-Guillaume Delalo, Vacher de Tournemine. Tous trois seront Maires de Mauriac. Le dernier, parlementaire pendant prés de 30 ans, dominera son époque  et  traversera tous les régimes grâce à des qualités exceptionnelles. Il y a deux camps très marqués à Mauriac pendant la période révolutionnaire indique Deribier. Déjà existent une droite et une gauche, dans la bourgeoisie même. Tous ces notables de la Révolution formeront le personnel de l’Empire, qui au plan local, pour le personnel politique, apparaît comme la continuation de la  Révolution.

    Une laïque du tiers ordre de St Dominique, une Menette, Catherine Jarrige ( 1754-1836 ) , surnommée Catinon Menette ou la Menette des pauvres, lièe au couvent de Dominicaines de Mauriac, se signale par le dévouement total à sa religion, aux malades et aux pauvres gens dont elle fait preuve, quêtant sans cesse pour les pauvres, conformément à son statut de Menette, lors de la Révolution et jusqu’ à la fin de son existence. Sa vie exemplaire a généré à Mauriac un culte de son souvenir qui n’a jamais cessé et a justifié sa béatification par le pape Jean-Paul II, le 24 Novembre 1996, dans la basilique de St Pierre de Rome. Sa tombe, la première d’une des entrées anciennes du cimetière, est toujours fleurie depuis plus de 150 ans. Récemment, m’y rendant, j’ai trouvé se recueillant devant la tombe trois sœurs des pauvres du couvent des Vaysses. 

    Mais la population hostile aux changements trop brutaux et attachée à la religion, comme le déclare amèrement D. Mirande désabusé, ne suit pas ses élites pourtant toutes acquises aux lumières. La conscription générale dite levée en masse suscite une forte opposition ainsi que les réquisitions et la taxation des prix. Thermidor est accueilli avec soulagement. Mirande destitué est emprisonné. Rallié à l’Empire, il sera Conseiller Général de 1806 à 1815.

    La création en l’an VIII par le Consulat d’une Sous-préfecture, dont le 1er titulaire est Henri Delalo magistrat, fils du Maire de Mauriac et père de l’historien de Mauriac, ainsi que d’un Conseil d’arrondissement, confirme le rôle central de Mauriac. Le Sous-préfet succède à l’Agent national de District de 1792 et au Subdélégué de l’Intendant de l’ancien régime. Peu après en 1808 est édifié le Tribunal Civil,  construit en rasant le Doyenné et ses prisons dont la tour. On  voit encore la base de cette tour dans les nouvelles prisons devenues musée en 1986. Ce tribunal nous émeut par sa taille modeste mais il comportait sept magistrats à sa création sous l’Empire.

   Mauriac dépend à présent non plus de Riom le Bel et de Clermont mais d’Aurillac où siègent le Préfet et le Conseil Général, le département du Cantal ayant été créé dès 1790. La vie sociale est dominée par les guerres de l’Empire qui saignent le pays. La commune laisse se dégrader l’église  Saint Pierre des bénédictins, qui tombe en ruines.

    En 1811, Pierre-Joseph Grasset, homme fin et cultivé, originaire du Dauphiné, fils d’un maître de forges et Lieutenant du service de remonte, est nommé Maire de la Commune sur la recommandation de Mme d’Orcet  qu’il épouse civilement en 1813. Le 9 Juin 1814, 13 jours avant la fin des cent jours,  il est nommé Sous-Préfet à titre provisoire. Après Waterloo, courageux il accueille à l’hôtel d’Orcet le Maréchal Ney en fuite, de passage à Mauriac. Pour ce fait et bien qu’il ait accepté d’accueillir et bien traité à Mauriac des officiers russes faits prisonniers lors de la campagne des alliés en France, il est destitué puis réintégré après des démarches à Paris. L’opinion lasse des guerres napoléoniennes, est plutôt soulagée de la fin de l’Empire mais elle a pris goût à ses  institutions et aux nouveaux droits républicains maintenus par Napoléon continuateur de la Révolution, et elle va le faire savoir rapidement en rejetant le concept de restauration de la royauté d’ancien régime.

 

Le 19e Siècle

 

    Après la Restauration des Bourbons qui n’a pas le caractère d’une contre révolution,  le Maire Grasset maintenu en fonction malgré son attachement à l’Empire, mène à bien son projet de modernisation. Le cimetière autour des deux églises est transféré hors du centre-ville et la commune rase en 1826 les ruines de l’église Saint Pierre. Avec ses pierres, il fait  construire à l’emplacement du cimetière un grand hôtel de ville de style restauration avec des arcades et des fenêtres à l’encadrement très élégant, tout en dégageant  une vaste place centrale qui met aussi en valeur la Basilique.

    La construction est très réussie et la place très belle mais ne faut-il pas regretter la disparition de la grande église du monastère ? Le projet ne portera pas chance à Grasset puisqu’il sera démis pour une affaire de marché de ses fonctions de Maire, qu’il retrouvera en 1831 avec le nouveau régime de Louis-Philippe. Son successeur reprendra et achèvera en 1829 la construction. En 1829, le Département achète judicieusement au maire Grasset sa propriété de l’hôtel d’Orcet, qu’il tenait de sa défunte épouse sans descendance, et installe le Sous-préfet dans cette belle résidence.

    En 1840, l’église Notre Dame des Miracles est classée monument historique et en 1846, lieu d’un grand  pèlerinage à la Vierge, elle acquiert le titre romain très  rare de Basilique, par décision du Pape. Peu de temps après, une autre  décision vaticane prescrit le couronnement de la Vierge, auquel il est procédé avec faste le 13 Mai 1855 en même temps que sont inaugurés dans le chœur et le transept  de nouveaux et beaux vitraux bien colorés, adaptés à l’édifice, à l’occasion de la fête de Notre Dame. Le Conseil de Fabrique acquiert ensuite l’orgue de ND du Port de Clermont et l’installe avec goût  au dessus de l’entrée, en créant un escalier en bois de bonne qualité.

    La Ville qui s’étendait déjà au delà de son enceinte et des quatre portes, se développe en urbanisant les  rues St Mary, St Luc et la Grande Rue, la future rue de la République qui prolonge le récent Bd Monthyon ainsi que rue Chavialle vers le cimetière nouveau. Elle  multiplie les commerces mais manque le virage industriel à l’exception des industries liées à l’élevage comme la ganterie. Mauriac est alors un marché de vente de chevaux et de mulets, spécialités locales réputées.

    La République généralise l’école publique. Le Collège prend le titre de lycée. L’exode rural implacable, phénomène national, lui enlève sa jeunesse la plus active qui se dirige à présent non plus seulement vers l’Espagne selon la tradition de l’Ouest cantalien pour exercer des métiers comme chaudronniers, porteurs d’eau, scieurs, colporteurs, boulangers mais vers Paris. L’axe principal de circulation de Clermont à Aurillac, ville préfecture montante, puis Toulouse, est déplacé par Murat et Vic grâce au Tunnel du Lioran ouvert en 1847. Mauriac va en pâtir économiquement.

   La guerre de 1870 entraîne la chute du Second Empire sans regret bien qu’il ait été une grande période de prospérité. La commune de Mauriac élève en 1877 un monument aux morts derrière le lycée, dans le square de la placette, représentant une colonne tronquée. Ce monument sera déplacé derrière l’église sur la place St Jean rebaptisée place Gambetta après le décès en 1882 du grand tribun républicain symbole de la résistance à l’Allemagne. Ce monument sera rasé en 1965 et certains éléments abandonnés réutilisés dans un caveau au cimetière.

   Sur le plan politique, trois Mauriacois accèdent à la députation dans le siècle. Après Vacher de Tournemine député jusqu’en 1824 (29 ans), Paulin Durieu assumera le même mandat à six reprises (18 ans), remplacé en 1885 par un autre Mauriacois, Jean Lascombes député de 1885 à 1898 (14 ans).

   Un autre grand mauriacois, né en 1827 à la ferme de Marsalou, le père Jean-Baptiste Serres, grand bâtisseur, qui édifie grâce à une énergie peu commune, une nouvelle chapelle au Puy Saint-Mary, le couvent des Vaysses et en 1882, au bord de la Dordogne qu’il a tant aimée, le monastère de la Thébaïde à Arches, dans les bois, dans un lieu solitaire propice à la réflexion, en souvenir des ermites chrétiens d’Egypte qui se retirèrent à l’ouest de Thèbes dans les premiers siècles.

   Grand évènement, en 1893 le  chemin de fer  relie Mauriac à Clermont et Paris. La gare est construite, après d’âpres discussions,  en limite de Commune, à l’écart du bourg, avec peu de retombées économiques.

 

  

Le 20e Siècle

 

   La première guerre mondiale décime la population et appauvrit la cité. Le monument aux morts comporte la très longue liste des Mauriacois tués au combat. L’exode vers Paris s’accélère et naît le mythe des bistrots auvergnats dans la capitale, véritable institution. Des filières se créent en partant de Mauriac faisant appel à l’entr’aide cantalienne. Les réussites sont nombreuses et le fruit d’un travail acharné. L’attachement au pays natal demeure très fort chez ces expatriés.

    En 1926, la Sous-préfecture échappe aux mesures d’économies budgétaires portant notamment suppression de sous-préfectures de la commission parlementaire dite de la Hache, contrairement à Murat rattaché à Saint-Flour. Mais le Conseil d’arrondissement disparaît comme partout en France.

    Elle s’adjoint plus tard à son entrée une sculpture appartenant au réfectoire du monastère, représentant Samson terrassant le Lion, don de la commune à l’occasion de travaux à l’école de l’enclos Robin installée alors dans l’aile sud du prieuré bénédictin Saint-Pierre.

    Par ailleurs, le Département remplace le mur et le grand portail en bois qui cachent de la vue l’hôtel d’Orcet, par une grille en fer forgé. Ce petit chef d’œuvre d’hôtel d’Orcet est depuis lors visible depuis le haut de la rue.  

    Le Maire F. Talandier obtient la construction d’un Hôpital complété par des services de  maternité et chirurgie, à Mauriac, le long de l’avenue nouvelle qui porte son nom, entourée alors de prés marécageux  promis à l’urbanisation. L’ancien Hospice des sœurs de Nevers, face à la Poste, y est transféré dès l’achèvement de la construction en 1939.

   A partir de 1935 commence la construction de cet énorme chantier qu’a été pendant plus de 15 ans la réalisation des barrages hydroélectriques sur la Haute Dordogne, dont le barrage de l’Aigle prés de Mauriac employant des centaines d’ouvriers dont beaucoup de réfugiés et de réfractaires au STO.  Mauriac accueille alors après 1938 des réfugiés de la guerre d’Espagne. Un camp pour étrangers est créé à Chalvignac, qui servira en 1962 à accueillir des harkis fidèles à la France, obligés de quitter l’Algérie et employés au forestage.

   Pendant  la deuxième guerre, la Résistance gagne en force, très soutenue, tout prés des maquis de la Dordogne et de la Corrèze, mais animée par ce foyer intense de la Résistance qu’a constitué le service constructeur des barrages, ingénieurs en tête, dirigé par André Decelle, polytechnicien, Commandant d’un réseau cantalien de Résistance. Beaucoup de résistants sont arrêtés et déportés.

    Leur retour sera fêté dans la liesse populaire, mais certains comme Charles Périé, dont l’épouse sera élue Maire de la Ville, ne reviendront pas. Alors que les troupes allemandes occupent encore le Cantal et s’apprêtent à le quitter pour rejoindre l’Allemagne,  Mauriac fait un coup d’éclat et se déclare zone libérée.

   En 1942, un Mauriacois de Crouzit, Jules Saliège, archevêque de Toulouse, futur Cardinal, s’illustre par sa courageuse prise de position contre  l’occupant et l’Etat de Vichy en dénonçant les arrestations et la déportation des juifs et des étrangers dans une lettre publique à son clergé aux accents inoubliables : « Les juifs sont des hommes, les juives sont des femmes ... ce sont des hommes et des femmes comme nous. Tout n'est pas permis contre eux. Ils font partie du genre humain. Ils sont nos frères comme tant d'autres! ». Cette lettre rendra célèbre le cardinal Mauriacois, déjà connu de ses proches et de l’épiscopat pour sa fidélité au mouvement social de l’église, le Sillon, son parler vrai et son caractère très affirmé. Une plaque à sa mémoire a été apposée dans l’église au  transept sud. Une fondation conserve son souvenir. Né  le 24 février 1870 à Crouzit  Haut,  commune de Mauriac, Jules Saliège  commence ses études religieuses au petit séminaire de Pleaux et les poursuit au grand séminaire d'Issy. En 1897, il est supérieur du grand séminaire de Saint Flour puis Evêque de Gap en 1925 et Archevêque de Toulouse en 1928. Dès 1941, il rompt avec le gouvernement de Vichy et entre en résistance. Aprés la libération, il sera reconnu comme le 1er résistant de Toulouse et fait Compagnon de la Libération, en même temps qu'il est élevé en 1946 à la dignité de Cardinal.  En 1955, un an avant sa mort,  il vient à Mauriac pour présider les cérémonies du centenaire du couronnement de Notre Dame des Miracles. Il décède à Toulouse le 4 novembre 1956

    En Avril 1945, Mauriac adopte la ville d’Ingersheim prés de Colmar détruite à 75% par les durs combats de la Libération dits de la poche de Colmar. Des échanges sont institués qui seront officialisés en 1996 par le jumelage formalisé des deux cités, jumelage marqué par l’extraordinaire joie de vivre des Alsaciens. Des échanges et visites régulières sont organisés.

   A compter des années 50 la mise en eau des barrages a pour effet de couper de la Corrèze toute proche le haut Cantal et de noyer des villages dont le souvenir reste vif dans la mémoire collective. Elle a aussi pour conséquence dommageable de mettre fin à la ligne SNCF directe avec Paris. Il avait été promis de rétablir cette ligne par un tunnel sous le lac de Bort. Commencés, les travaux ne seront pas poursuivis. Ce qui subsistera de ligne SNCF jusqu’à Bort ne sera pas viable.

   Mauriac se ressaisit à partir des années 60-70 et entreprend d’accroître les équipements publics, montrant un visage plus moderne. L’habitat est considérablement développé en accession à la propriété dans de nouveaux lotissements par le Foyer Cantalien créé par son Président Augustin Chauvet, homme actif également Député et Maire de Mauriac.

    Depuis lors cet effort de plus de 40 ans n’a pas cessé et a contribué à transformer complètement  Mauriac sous trois municipalités en lui permettant d’accueillir des entreprises sur deux zones industrielles et  une population nouvelle. Mauriac s’est donnée les moyens de recevoir des touristes pour aider le commerce local  en réalisant un village de vacances, des campings, ainsi qu’en 1991 un plan d’eau, 30 gîtes, un camping nouveau 4 étoiles au bord du lac,  une plage avec baignade, un centre aqua-récréatif et un golf 9 trous homologué, géré par une association mais de propriété communale.

   L’éducation, point fort de la Ville, a été développée ainsi que la formation continue. En 1977, le rectorat ouvre un Lycée professionnel construit par la municipalité. Puis  le lycée classique  Marmontel, l’ancien Collège des Jésuites, est entièrement restauré par la Région en 1990 et un BTS qualité de l’eau est créé en 1996 par le Rectorat et la Région. Plus de 1000 élèves fréquentent les établissements mauriacois.

   Si la cité a profondément changé, elle n’en a pas moins veillé à maintenir ses traditions. La grande procession  de Notre Dame a toujours lieu début Mai, chaque année, dans les rues de Mauriac, réunissant plus d’un millier de personnes. Derrière la vierge noire dans ses atours de fête, portée à bras d’hommes, suivent des enfants habillés en chevaliers à l’épée, puis le clergé mené par l’Evêque du Cantal et la foule des pèlerins.

    Un groupe de plusieurs associations, dont la Miremontaise, conserve le folklore du haut Cantal par des représentations publiques avec emploi d’instruments anciens de musique et danses traditionnelles en habits auvergnats du 19ème S. Ces associations  maintiennent l’usage de la langue occitane, le patois local qui en est issu et préservent les objets de la vie rurale dans un musée conservatoire situé dans une grange achetée par la commune route de Pleaux.

   Ce respect de son passé, la collectivité l’exprime en encourageant l’étude de l’histoire locale et en assurant la promotion de son riche patrimoine, quelle restaure et entretient avec soin. A partir de 1986, elle ouvre à la visite les vestiges du monastère, le fait classer monument historique le 27 juillet 1987 et le restaure après l’avoir dégagé, par des travaux importants effectués, sous le contrôle de l’Etat, en 1997. Elle favorise les fouilles et études archéologiques grâce au concours actif de la Direction Régionale des Affaires Culturelles de l’Etat, la DRAC, et l’aide financière du Conseil Régional et du Conseil Général.

   Deux fouilles ont beaucoup compté pour l’histoire locale. La première en 1996 a dénié toute présence d’un château voire même d’une simple habitation sur le tertre rocheux boisé dit suc de Bernet et appelé le petit bois, sur la route du plan d’eau. On peut douter de l’existence d’un château ancien à Mauriac !

    La deuxième de 2000-2001, avec appel à  la méthode du carbone 14, a renversé toutes les idées reçues récemment concernant l’interprétation des vestiges du monastère.

    Le rapport de la DRAC, reprenant les conclusions de l’équipe de fouille dirigée par des universitaires, a en effet établi qu’il n’y avait pas de trace d’une église carolingienne liée au monastère  à l’emplacement du local de fouilles et que l’arc en pierres de tailles qu’on y voit près de la place, constituait en réalité la base de l’église romane St Pierre démolie et rasée. Celle-ci s’avère donc  moins longue que prévu de 15 mètres. De plus elle est séparée du monastère par une cour. Enfin l’étude prouve que la chapelle St Benoît, était autonome, non contiguë à l’église. Toutes choses qu’Emile  Delalo avait bien vu. Le prieuré possède donc deux églises.  Par contre, les tessons trouvés en 1985 sont bien du haut Empire Romain. Le temple à Mercure des chroniques n’est peut-être pas éloigné !

   Sur le plan évènementiel, Mauriac a reçu à plusieurs reprises la visite de personnalités importantes, le Président Pompidou ancien député de St Four – Mauriac, Jacques Chirac et V. Giscard d’Estaing. La visite la plus marquante est la visite officielle d’un Président de la République en exercice, Georges Pompidou, le 12 août 1972 qui se traduira par la création d’un LEP et la construction d’une nouvelle route vers Bort.

   Plus grande manifestation départementale cantalienne, le concours spécial de la race de Salers s’ancre de plus en plus à Mauriac en raison de la qualité du marché aux bestiaux construit en 1981. La race de Salers, bien adaptée au Cantal, a essaimé dans le monde entier et le concours rassemble plus de 500 animaux à la robe rouge venant essentiellement du Cantal, de la Corrèze et du Puy de Dôme.

    Organisé par l’UPRA Salers et le Herd Book de la race, Il se déroule sous le contrôle de la Direction de l’Agriculture selon un rituel officiel bien établi, devant le ban des meilleurs éleveurs et tous les responsables politiques et administratifs. La proclamation des résultats et le défilé des animaux primés devant la tribune et le public, sont de grands moments de la vie agricole départementale et de la mémoire collective. Les meilleurs éleveurs gardent avec fierté, accrochées sur un mur de la ferme, les plaques remises à cette occasion pour les bêtes primées. Le concours spécial est la grande messe annuelle du Cantal. Il est le symbole des vertus paysannes et des qualités de travail, de rigueur et de professionnalisme des cantaliens.

   Le 14 Juillet 1989, la commune célèbre le 200ème anniversaire de la Révolution Française en plantant un arbre de la liberté sur la place Gambetta, un tilleul, en présence de Madame l’Inspecteur d’Académie. La ferveur a disparu de ces commémorations républicaines célébrées par les enseignants.

   Mauriac célèbre aussi en Janvier 2000, le nouveau millénaire en marquant par un alignement d’arbres le tracé du Méridien de Paris dans le cadre de la fête de la Méridienne verte. Créé en 1669, le Méridien de Paris, qui avait son origine au centre de l’Observatoire de Paris, servait comme méridien d’origine à compter les degrés de longitude et à mesurer la terre.

    La ligne  traverse Mauriac et touche le Collège créé en 1956 qui depuis l’an 2000 porte le nom de Collège du Méridien. Elle continue vers le square Cassin, le centre de secours, la gendarmerie. Un monument en forme de pyramide élancée surmontée d’un globe terrestre avec la marque du méridien, pérennise la célébration de l’an 2000 dans le square Cassin.

    Le méridien de Paris symbolisait, pour la Révolution, la création de nouvelles unités de mesures dont le mètre universel décidé en 1792 et défini en 1799. Les nouvelles mesures remplaçaient pour la Convention les mesures irrationnelles et féodales de l’ancien régime dont la caractéristique était la diversité selon les Etats et même en France les provinces. Mauriac avait déjà marqué le passage du Méridien dans la cité fin du 19ème S.  en baptisant rue du Méridien l’ancienne rue Neuve. En 1884, une conférence internationale a décidé de remplacer le Méridien de Paris par le Méridien de Greenwich.

 

                                                        Texte d’Alain Goldfeil

                                       Ancien Maire et ancien Sous-préfet de Mauriac

 

 

 

ANNEXE

 

Liste des Maires de Mauriac

 

Paulin Duclaux

Jean-François Ternat